« Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. » Voici quelques vers qui comptent parmi les plus célèbres de la poésie française. Ils sont extraits d’un poème tout aussi connu : L’Invitation au Voyage, que Charles Baudelaire intègre en 1857 à la première section des Fleurs du mal, Spleen et Idéal. Le poète y invite l’une de ses muses, Marie Daubrun, dans un lieu idéal qui serait inspiré de la Hollande.

L’Invitation au voyage est un poème qui a inspiré de nombreux artistes depuis sa parution. L’une des adaptations les plus populaires reste la mise en musique de Léo Ferré dans son album Les Fleurs du mal, paru en 1957, année du centenaire de la publication du recueil.

L’Invitation au Voyage

Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.

Charles Baudelaire (1821-1867)
Extrait du recueil Les Fleurs du Mal (1857)