Bienvenue dans la tête d’un footballeur gay. Avec la parution de « Adieu ma honte », Ouissem Belgacem lance un coup de crampon dans le milieu machiste du football masculin. De l’homophobie au coming out, il nous livre un récit aussi intime que puissant, « celui que personne n’a jamais osé écrire ».

« On dit toujours qu’un sportif meurt deux fois : à la fin de sa carrière et à la fin de sa vie. Moi, je mourrai trois fois : à la fin de ma carrière, à la fin de ma vie et à la fin de ce livre. Adieu ma honte. »
C’est par cet extrait saisissant que les éditions Fayard présentent la parution d’un livre dont la sortie fait grand bruit. Adieu ma honte, en finir avec l’homophobie dans le football, un récit que Ouissem Belgacem a conçu avec la réalisatrice Éléonore Gurrey.

Entre foot et religion

Tout commence par l’histoire d’un sportif à l’avenir prometteur. « Espoir de la génération dorée du centre de formation du Toulouse Football Club, il gravit tous les échelons, jusqu’à disputer la Coupe d’Afrique des nations sous les couleurs de la Tunisie. »
L’avenir de ce jeune prodige qui a grandi à Aix-en-Provence ne va pourtant pas tarder à s’assombrir. En cause, « son homosexualité, contraire à sa religion et à son sport, le privera de la carrière professionnelle à laquelle il était destiné ».

« Me battre contre moi-même »

De son enfance dans les quartiers difficiles aux banderoles homophobes dans les stades, « la société dans laquelle j’ai grandi, mon milieu, mon environnement ont voulu faire de moi un homo honteux et malheureux », déclare Ouissem.
À tel point que lui-même cèdera à l’homophobie. « Les homos représentaient la manifestation physique des problèmes que j’avais dans ma tête. Et c’était aussi un moyen de me battre contre moi-même. C’est impardonnable, inexcusable… »

« J’étais obsédé par l’homophobie »

Cela lui coûtera sa carrière. « J’étais tellement obsédé par l’homophobie, le fait de changer ma sexualité, que ça m’a pris une débauche d’énergie que je n’ai pas mise dans mes entraînements, dans mes matchs, dans mes temps de repos. »
Dans la presse et sur les plateaux de télévision, on annonce un livre rare, « celui que personne n’a jamais osé écrire ». Car si les coming-out sont rares dans le sport de haut niveau, ils sont exceptionnels dans le milieu viril du football masculin.

« L’un des derniers tabous de notre société »

S’il est le premier joueur à raconter de l’intérieur l’homophobie qui gangrène le football, Ouissem Belgacem tient « à s’attaquer à l’un des derniers tabous de notre société » : ces comportements homophobes qui sont impunément liés à la morale de ce sport.
« Ça n’aurait pas pu se passer dans la douceur et dans la bienveillance. Souffrir était ma seule option à l’époque. » Entre objectifs de performances et enjeux financiers, ragots de vestiaires et silence des entraîneurs, « il n’ y a aucune place pour la différence ».