En 1985, la linguiste et professeur à l’université de la Polynésie française Louise Peltzer, publie Légendes tahitiennes dans la collection Fleuve et flamme du Conseil international de la langue française. C’est de cet ouvrage que nous avons extrait Une pirogue nommée Ma’ohi, ou O Ma’ohi Ita te I’oa O Taua Va’a Ra en reo ma’ohi, un texte qui retrace l’épique transmission de la culture tahitienne sur des îles françaises perdues au milieu d’un océan anglophone.

Légende tahitienne

Louise Peltzer vue par Stephen Bennett et Jeune Tahitien sur sa pirogue de Jacques Boullaire.

« J’ai vécu à travers mon apprentissage, les grandes traversées océaniques de nos ancêtres. J’ai participé à leurs découvertes, aux réjouissances, aux batailles, aux guerres. J’ai souffert de leurs blessures, j’ai subi leur humiliation, supporté le mépris, mes larmes se sont mêlées aux leurs, mes poings se sont serrés à se briser. Après ce long parcours, mes mains, lentement se sont ouvertes, j’ai retrouvé la paix et la sérénité. Ma confiance s’est transformée en certitude, le poète Mapuhi a raison, la pirogue Ma’ohi est toujours là prête à de nouveaux voyages. »
Née le 18 février 1946 sur l’île de Huahine, Louise Peltzer a présidé l’université de la Polynésie française de 2005 à 2011.

Une pirogue nommée Ma’ohi

Chevauchant crêtes et vagues de l’océan infini,
Au soleil couchant, elle apparut la pirogue Ma’ohi.
Peuplant les îles, les hommes venus du fond des âges
S’installèrent partout sur les plages, les côtes sauvages.
De la pirogue abandonnée,
Un peuple était né.

De cet exploit merveilleux, toujours nous garderons la mémoire.
Dans nos veines coule le sang chargé de votre gloire.
Ancêtres prestigieux, vous avez su braver les éléments,
Mais que pouvons-nous faire, nous, vos enfants
Pour mériter votre estime et continuer l’ouvrage
Nous montrer dignes enfin de votre courage ?

Depuis longtemps déjà je m’interroge,
Cherchant, en vain, le message digne d’éloges.
Mon regard parcourt et se perd à l’horizon
De cette quête, le silence seul me répond.
Mes yeux mouillés implorent mes compagnons,
Débris informes, la pirogue est là pantelante.
Je chasse au loin les souvenirs qui me hantent.
Parle, je t’en prie, j’ai besoin de savoir
Qui je suis, dis-moi où est mon devoir ?

Je t’entends mon enfant, je suis là et je veille.
Ne crains rien, tes paroles sont douces à mes oreilles.
Le parler Ma’ohi qui est le tien,
Sera désormais la pirogue de ton destin.
Oublie ta langue et le peuple de piroguiers
Ne sera plus qu’une pirogue sans balancier.
Va, j’ai confiance, aurais-je fait l’impossible voyage
Si j’avais, un instant, douté de ton courage ?
N’oublie jamais mes paroles, car je le proclame
Ainsi seulement, tu pourras conserver ton âme.

Rui A Mapuhi

Louise Peltzer (traduction)
Extrait de Légendes tahitiennes (1985)

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