D’abord associé au mouvement parnassien, dont la devise poétique est « l’art pour l’art » et le désengagement, François Coppée devient populaire durant la seconde moitié du XIXe siècle en produisant des vers simples. Moqué par la bande des poètes maudits, cet auteur pour le moins conformiste assume pleinement sa nostalgie et sa sensibilité. Il s’émeut même d’un rien, de la beauté d’un crépuscule à la mort d’un oiseau. Dans son Cahier rouge, publié en 1874, il se laisse cette fois enivrer par le Rythme des vagues.

François Coppée poésieRythme des vagues

J’étais assis devant la mer sur le galet.
Sous un ciel clair, les flots d’un azur violet,
Après s’être gonflés en accourant du large,
Comme un homme accablé d’un fardeau s’en décharge,
Se brisaient devant moi, rythmés et successifs.
J’observais ces paquets de mer lourds et massifs
Qui marquaient d’un hourra leurs chutes régulières
Et puis se retiraient en râlant sur les pierres.
Et ce bruit m’enivrait; et, pour écouter mieux,
Je me voilai la face et je fermai les yeux.
Alors, en entendant les lames sur la grève
Bouillonner et courir, et toujours, et sans trêve
S’écrouler en faisant ce fracas cadencé,
Moi, l’humble observateur du rythme, j’ai pensé
Qu’il doit être en effet une chose sacrée,
Puisque Celui qui sait, qui commande et qui crée,

N’a tiré du néant ces moyens musicaux,
Ces falaises aux rocs creusés pour les échos,
Ces sonores cailloux, ces stridents coquillages
Incessamment heurtés et roulés sur les plages
Par la vague, pendant tant de milliers d’hivers,
Que pour que l’Océan nous récitât des vers.

François Coppée (1842-1908)
Extrait du Cahier Rouge (1874)

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