En venant s’échouer dans une « zone maritime particulièrement vulnérable », le dimanche 13 octobre près de Bonifacio, la cargo Rhodanus fait la Une des journaux télévisés. Chargé de 2 650 tonnes de bobines d’acier, ce navire d’environ 90 mètres de long planté au beau milieu d’une zone naturelle a finalement pu être remorqué avec succès, vendredi dernier, vers la baie de Sant’ Amanza en Corse.

Parti du port italien de Tarente vers celui de Port-Saint-Louis-du-Rhône, dans les Bouches-du-Rhône, le cargo Rhodanus, battant pavillon d’Antigua-et-Barbuda pour l’armateur allemand West-Trade Logistic GmbH, vient s’échouer près de Bonifacio dans la nuit du samedi 12 au dimanche 13 octobre. A son bord, 7 marins, 2 650 tonnes de bobines d’acier et 38 tonnes d’ydrocarbures qui font redouter aux autorités maritimes une nouvelle catastrophe environnementale.
Car le navire se trouve au beau milieu des archipels de la réserve naturelle des Bouches de Bonifacio, un espace de 80 000 hectares désigné par l’Organisation maritime internationale comme une « zone maritime particulièrement vulnérable ». Si aucun drame humain n’est heureusement à déplorer, le bateau est quant à lui bien ancré par l’avant sur une dizaine de mètres de rochers.

Bateau échoué Corse

Le cargo n’a pas viré à temps

L’opération de sauvetage s’annonce délicate, car pour extraire le navire malmené par les courants et la houle, il faut d’abord réussir à le stabiliser et l’alléger en le soulageant de sa cargaison. Selon les autorités, qui interdisent toute activité maritime dans un rayon de 1 200 mètres autour du cargo, le déséchouage prendra plusieurs jours.
Une question reste cependant au centre de toutes les préoccupations : comment ce navire d’environ 4 000 tonnes et 90 mètres de long a-t-il pu venir s’échouer au beau milieu de la plus grande réserve naturelle de France métropolitaine ? Malgré des alertes répétées du Centre opérationnel de surveillance et de sauvetage en Corse et en Italie durant 50 minutes avant l’accident, le cargo « n’a pas viré à temps et a poursuivi sa route vers la côte ».

Navire échoué

Le chef de quart s’est endormi à son poste

Les gendarmes de la brigade de recherche de Marseille ouvrent l’enquête, qui se dirige rapidement vers un défaut de vigilance de l’équipage. Deux remorqueurs et deux patrouilleurs sont envoyés sur zone, épaulés dans les airs par un avion et deux hélicoptères de l’Armée de l’air et de la Marine nationale. Le capitaine du Rhodanus et son chef de quart, qui reconnaît s’être endormi à son poste, sont dans la foulée poursuivis pour non-respect des règles d’abordage et convoqués devant le tribunal maritime.
« Il n’aurait jamais dû se trouver là », accuse le responsable de la réserve Jean-Michel Culioli. « Ce type d’accident dans une réserve aussi sensible n’est pas acceptable », renchérit la ministre de la Transition écologique Elisabeth Borne. « Cet incident nous appelle à un renforcement rapide des règles de circulation du trafic maritime dans les bouches de Bonifacio », prévoit le maire de Bonifacio Jean-Charles Orsucci. Le vendredi 18 octobre, le cargo Rhodanus a finalement été déséchoué et remorqué vers la baie corse de Sant’ Amanza.

Remorquage cargo

Au mois d’août dernier, une vedette louée par le rappeur Maître Gims et ses amis s’embrase et coule dans cette même zone à la suite d’une avarie moteur, selon les premiers éléments de l’enquête. Les occupants ont abandonné le navire de 24 mètres en long pour embarquer à bord d’un semi-rigide arrimé au bateau et rejoindre le rivage… sains et saufs. Quelque 3 000 litres de carburant se trouvaient dans les cuves au moment de l’incendie.

© Mister Corail / DR

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