Pour la forme, Jean Richepin est un poète excentrique et turbulent, à l’image sans doute de son mentor Charles Baudelaire. Le public le découvre en 1876 avec La Chanson des Gueux, qui lui rapporte un procès pour outrage aux bonnes mœurs, une peine d’emprisonnement et surtout la célébrité. Mais dans le fond, Jean Richepin est un infatigable voyageur qui parcourt l’Europe et l’Afrique du Nord aux côtés des marins, à la recherche d’air pur et d’exotisme. En 1886 paraît La Mer, recueil guidé par le désir un peu flou de « faire dans des mots tenir la mer vivante, avec tous ses secrets que nul n’a jamais sus ».

Poème sur la mer

La mer, le soir

Dans le silence
Le bateau dort,
Et bord sur bord
Il se balance

Seul à l’avant
Un petit mousse
D’une voix douce
Siffle le vent

Au couchant pâle
Et violet
Flotte un reflet
Dernier d’opale.

Sur les flots verts,
Par la soirée
Rose et moirée
Déjà couverts

Sa lueur joue
Comme un baiser
Vient se poser
Sur une joue

Puis brusquement,
Il fuit, s’efface
Et sur la face
Du firmament

Dans l’ombre claire,
On ne voit plus
Que le reflux
Crépusculaire

Les flots déteints
Ont sous la brise
La couleur grise
Des vieux étains.

Alors la veuve
Aux noirs cheveux
Se dit : – je veux
Faire l’épreuve

De mes écrins
Dans cette glace.
Et la nuit place
Parmi ses crins,

Sous ses longs voiles
Aux plis dormants
Les diamants
De ses étoiles.

Jean Richepin (1849-1926)
Extrait de La Mer (1886)

L’œuvre poétique de Jean Richepin

– La Chanson des gueux (1876)
– Les Caresses (1877)
– Les Blasphèmes (1884)
– La Mer (1886)
– Les Litanies de la mer (1894)
– Mes Paradis (1894)
– La Bombarde (1899)
– Poèmes durant la guerre (1919)
– Allons enfants de la patrie (1920)
– Les Glas (1922)
– Interludes (1923)
– Choix de poésies (1926)
– Les Petits Gagne-pain parisiens (1927)

© Miss & Mister Corail / DR

Publicités