C’est l’une des chansons sur les marins les plus célèbres de notre patrimoine musical. Ecrite, composée et interprétée en 1964 par le chanteur belge Jacques Brel pour une série de concerts donnés à l’Olympia de Paris, Amsterdam n’a pourtant jamais eu les faveurs du poète. C’est même le public qui, par son enthousiasme, forcera l’artiste à conserver cette chanson dans ses futurs spectacles.

Jacques Brel Amsterdam

L’histoire d’Amsterdam n’est au départ pas celle d’un succès. Du moins pour Jacques Brel, qui la trouve sans grand intérêt. Lors de la répétition de son concert à l’Olympia en 1964, il décide donc de la chanter en premier. Car en tout début de concert, le public fait généralement plus attention à l’artiste qu’à sa chanson.
Contre toute attente, Amsterdam séduit. Pour la première prévue le 16 octobre, la chanson se place donc en troisième position de passage. Et c’est une véritable ovation, autant dans la salle que derrière les postes de radio qui retransmettent le concert en direct. Fait rare pour l’artiste qui ne fait jamais de rappel, Brel se voit contraint de reprendre la chanson.
Malgré ce succès fulgurant, Jacques Brel n’est cependant toujours pas convaincu. Ce qui explique pourquoi il n’enregistrera jamais Amsterdam en studio, ne laissant au public que des versions live de ce titre aujourd’hui considéré comme l’un de ses plus grands succès. Amsterdam parait ainsi sur l’album enregistré en public de ce fameux Olympia 1964.

Amsterdam

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui chantent
Les rêves qui les hantent
Au large d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dorment
Comme des oriflammes
Le long des berges mornes
Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui meurent
Pleins de bière et de drames
Aux premières lueurs
Mais dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui naissent
Dans la chaleur épaisse
Des langueurs océanes

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui mangent
Sur des nappes trop blanches
Des poissons ruisselants
Ils vous montrent des dents
A croquer la fortune
A décroiser la lune
A bouffer des haubans
Et ça sent la morue
Jusque dans le cœur des frites
Que leurs grosses mains invitent
A revenir en plus
Puis se lèvent en riant
Dans un bruit de tempête
Referment leur braguette
Et sortent en rotant

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui dansent
En se frottant la panse
Sur la panse des femmes
Et ils tournent et ils dansent
Comme des soleils crachés
Dans le son déchiré
D’un accordéon rance
Ils se tordent le cou
Pour mieux s’entendre rire
Jusqu’à ce que tout à coup
L’accordéon expire
Alors le geste grave
Alors le regard fier
Ils ramènent leur batave
Jusqu’en pleine lumière

Dans le port d’Amsterdam
Y a des marins qui boivent
Et qui boivent et reboivent
Et qui reboivent encore
Ils boivent à la santé
Des putains d’Amsterdam
De Hambourg ou d’ailleurs
Enfin ils boivent aux dames
Qui leur donnent leur joli corps
Qui leur donnent leur vertu
Pour une pièce en or
Et quand ils ont bien bu
Se plantent le nez au ciel
Se mouchent dans les étoiles
Et ils pissent comme je pleure
Sur les femmes infidèles

Dans le port d’Amsterdam
Dans le port d’Amsterdam…

Amsterdam (1964)
Extrait de l’album Olympia 1964

© Miss & Mister Corail / DR

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