L’espérance et le doute s’annonce comme une heureuse surprise. Alors que nous nous nous attendions à lire un monologue sur quelque malversation amoureuse, nous savourons un magnifique poème sur le voyage. Et plus précisément sur celui de Christophe Colomb vers la découverte du Nouveau Monde.

Découverte du Nouveau Monde

Alors qu’il n’est âgé que d’une vingtaine d’années, Guy de Maupassant se met dans la peau du célèbre navigateur pour exprimer l’espérance et le doute que celui-ci a dû ressentir en découvrant le nouveau continent.
Nous sommes en 1871. L’écrivain et journaliste français a alors fini ses études de droit à la faculté de Rouen et s’enrôle comme volontaire dans la guerre franco-prussienne, un événement certainement déclencheur dans cette quête d’un monde nouveau. L’année suivante, le poète s’engagera d’ailleurs dans la Marine.
L’espérance et le doute, publié dans le recueil Poésies diverses en 1872, se compose d’un dizain de rimes plates et embrassées et de quatre quatrains dodécasyllabiques. La première des quatre est une rime croisée tandis que les trois autres sont des rimes embrassées.

L’espérance et le doute

Lorsque le grand Colomb, penché sur l’eau profonde,
A travers l’Océan crut entrevoir un monde,
Les peuples souriaient et ne le croyaient pas.
Et pourtant, il partit pour ces lointains climats;
Il partit, calme et fort, ignorant quelle étoile
Dans les obscures nuits pourrait guider sa voile,
Sur quels gouffres sans fond allaient errer ses pas,
Quels écueils lui gardait la mer immense et nue,
Où chercher par les flots cette terre inconnue,
Et comment revenir s’il ne la trouvait pas.

Parfois il s’arrêtait, las de chercher la rive,
De voir toujours la mer et rien à l’horizon,
Et les vents et les flots jetaient à la dérive
A travers l’Océan sa voile et sa raison.

Comme Colomb, rêvant à de lointaines grèves,
Que d’autres sont partis, le cœur joyeux et fort,
Car un vent parfumé les poussait loin du port
Aux pays merveilleux où fleurissent les rêves.

L’avenir souriait dans un songe d’orgueil,
La gloire les guidait, étoile éblouissante,
Et comme une Sirène, avec sa voix puissante,
L’Espérance chantait, embusquée à l’écueil.

Mais la vague bientôt croule comme une voûte,
Et devant l’ouragan chacun fuit sans espoir,
Car le Doute a passé, grand nuage au flanc noir,
Sur l’astre étincelant qui leur montrait la route.

Guy de Maupassant (1850-1893)
Poésies Diverses (1871)

© Miss & Mister Corail / DR

Publicités