L’heure n’est donc plus au constat mais à l’action. Pour nos décideurs politiques, la guerre entamée contre le plastique s’annonce compliquée. Le mois dernier, en dépit de l’avis défavorable du gouvernement, l’Assemblée nationale approuve l’interdiction des couverts et des contenants jetables en plastique au 1er janvier 2020. Une interdiction qui s’ajoute à celle des pailles et des bâtonnets mélangeurs pour boisson en plastique adoptée en juin par le Sénat.

Les industriels s’insurgent

Cet amendement au projet de loi agriculture et alimentation est porté par des députés de la majorité, dont l’ex-député écologiste François-Michel Lambert, pour qui « la France a les moyens d’agir, d’être fer de lance sur ce sujet, comme nous avons pu l’être sur les sacs en plastique, comme nous avons pu déjà le voter sur les assiettes jetables. Allons plus loin ! Faisons en sorte d’attaquer la prochaine décennie en nous éloignant de cette dépendance au plastique ».

Comme il fallait s’y attendre, cet amendement est loin de faire l’unanimité. Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture lui-même, s’y oppose : « Il y a une nécessité de changement de comportement pour diminuer le nombre de déchets, notamment ceux issus des produits plastiques. Mais il faut être cohérent (…) Je souhaite que l’on puisse disposer d’informations pour mieux évaluer l’impact économique et écologique » de cet amendement.

Quant aux industriels, ils crient au scandale. « La filière plastique s’insurge contre des mesures prises sans concertation, sans dialogue et sans aucune étude d’impact », dénoncent les acteurs du secteur. Pour Elipso, PlasticsEurope et la Fédération de la Plasturgie, les dispositions législatives françaises « sont en infraction avec le droit européen » et auront « des conséquences économiques lourdes, pas uniquement pour les entreprises », mais aussi pour « les finances des collectivités publiques ».

Plastique : le bras de fer est entamé !

Le bras de fer est entamé. D’un côté, des élus qui déclarent la guerre au plastique, à l’image de la ville de Nice qui annonce vouloir le bannir de ses établissements scolaires dès la rentrée 2019. « C’est un acte politique fort. J’ai décidé de bannir (…) le plastique de l’intégralité du process de production jusqu’au réchauffage dans les restaurants scolaires », affirme son maire Christian Estrosi. De l’autre, des industriels qui ne voient pas d’un très bon œil cette révolution qui s’annonce dans nos modes de production et de consommation.

Entre les deux, n’oublions que le consommateur, à son petit niveau, peut au final avoir le dernier mot. Puisque le recyclage ne suffit pas à endiguer le phénomène, réduire de manière significative sa consommation de plastique au quotidien forcera inévitablement les industriels à revoir leur copie en matière d’emballage des produits proposés.

© Mister Corail