En approuvant l’interdiction des couverts et des contenants jetables en plastique au 1er janvier 2020, l’Assemblée nationale a jeté un lourd pavé dans la mare des industriels, pour qui ces nouvelles dispositions auront des conséquences économiques lourdes pour les entreprises et les finances des collectivités publiques. La guerre du plastique est déclarée.

Pollution plastique océan

Tout commence à la maison. Il suffit de recycler chaque jour ses déchets pour se rendre rapidement compte que nous sommes envahis par le plastique. Certains industriels poussent même le vice jusqu’à présenter des produits dont l’emballage plastique est nettement plus important que le bien consommable lui-même. Alors une question se pose : que faire pour lutter contre cette pollution ?

Les chiffres énoncés par l’émission Cash Investigation, le mois dernier, font froids dans le dos : 10 tonnes de plastique sont produites par seconde dans le monde, 9 milliards de tonnes de plastique ont été accumulées depuis les années 1950 et seuls 9% sont recyclés (quand on sait que ce matériau met des siècles à disparaître). Résultat : 1,6 million de kilomètres carrés de détritus finissent en mer, donnant naissance au scandaleux Septième continent, qui formerait aujourd’hui trois fois la surface de la France.

« Il y aura plus de plastique dans l’océan que de poissons en 2050 »

Selon la fondation Ellen McArthur, « il y aura plus de plastique dans l’océan que de poissons en 2050″. Pour ceux qui ne mesurent pas encore l’ampleur de la catastrophe, rappelons que « nous avons des preuves que les produits chimiques toxiques ajoutés lors de la fabrication du plastique sont transférés dans les tissus animaux, pour finalement entrer dans notre chaîne alimentaire », assène l’ONU. En polluant massivement et impunément son environnement, l’être humain met au final sa propre santé en danger.

De nombreuses études menées en la matière alertent sur le fait que ce suicide collectif a déjà commencé. L’explosion des cas de cancers à travers le monde serait directement lié, outre la pollution atmosphérique, à nos modes de consommation. Selon le colloque Environnement chimique, reproduction et développement de l’enfant organisé en 2008 en France, les substances chimiques présentes dans le plastique seraient « au premier rang des accusés » de la chute de la qualité des spermatozoïdes et des maladies liées à l’appareil génital à travers les perturbateurs endocriniens.

L’Assemblée nationale approuve l’interdiction des couverts et des contenants jetables en plastique

Parmi les nombreux coupables, le bisphénol A, un perturbateur endocrinien notoire qui est très présent dans les plastiques alimentaires. En 2008, l’Association médicale américaine publie également une étude concluant qu’une hausse de la concentration de BPA dans l’urine augmente de 39 % les risques de diabète et de maladie cardiovasculaire. Il ne s’agit-là que d’un exemple. Le plastique est devenu un tueur en série. Car avant de menacer l’homme, il aura pris soin de rayer de la carte du monde des espèces protégées et menacées, des oiseaux aux mammifères marins.

L’heure n’est donc plus au constat mais à l’action. Pour nos décideurs politiques, la guerre entamée contre le plastique s’annonce compliquée. Le mois dernier, en dépit de l’avis défavorable du gouvernement, l’Assemblée nationale approuve l’interdiction des couverts et des contenants jetables en plastique au 1er janvier 2020. Une interdiction qui s’ajoute à celle des pailles et des bâtonnets mélangeurs pour boisson en plastique adoptée en juin par le Sénat.

Les industriels s’insurgent

Cet amendement au projet de loi agriculture et alimentation est porté par des députés de la majorité, dont l’ex-député écologiste François-Michel Lambert, pour qui « la France a les moyens d’agir, d’être fer de lance sur ce sujet, comme nous avons pu l’être sur les sacs en plastique, comme nous avons pu déjà le voter sur les assiettes jetables. Allons plus loin ! Faisons en sorte d’attaquer la prochaine décennie en nous éloignant de cette dépendance au plastique ».

Comme il fallait s’y attendre, cet amendement est loin de faire l’unanimité. Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture lui-même, s’y oppose : « Il y a une nécessité de changement de comportement pour diminuer le nombre de déchets, notamment ceux issus des produits plastiques. Mais il faut être cohérent (…) Je souhaite que l’on puisse disposer d’informations pour mieux évaluer l’impact économique et écologique » de cet amendement.

Quant aux industriels, ils crient au scandale. « La filière plastique s’insurge contre des mesures prises sans concertation, sans dialogue et sans aucune étude d’impact », dénoncent les acteurs du secteur. Pour Elipso, PlasticsEurope et la Fédération de la Plasturgie, les dispositions législatives françaises « sont en infraction avec le droit européen » et auront « des conséquences économiques lourdes, pas uniquement pour les entreprises », mais aussi pour « les finances des collectivités publiques ».

Plastique : le bras de fer est entamé !

Le bras de fer est entamé. D’un côté, des élus qui déclarent la guerre au plastique, à l’image de la ville de Nice qui annonce vouloir le bannir de ses établissements scolaires dès la rentrée 2019. « C’est un acte politique fort. J’ai décidé de bannir (…) le plastique de l’intégralité du process de production jusqu’au réchauffage dans les restaurants scolaires », affirme son maire Christian Estrosi. De l’autre, des industriels qui ne voient pas d’un très bon œil cette révolution qui s’annonce dans nos modes de production et de consommation.

Entre les deux, n’oublions que le consommateur, à son petit niveau, peut au final avoir le dernier mot. Puisque le recyclage ne suffit pas à endiguer le phénomène, réduire de manière significative sa consommation de plastique au quotidien forcera inévitablement les industriels à revoir leur copie en matière d’emballage des produits proposés.

© Miss & Mister Corail / DR

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