Né en 1864 à Limoges, Georges Fourest suit des études de droit pour devenir avocat à Toulouse, puis à Paris où il affectionne les milieux littéraires symbolistes et décadents. Après avoir collaboré à plusieurs revues, il rencontre la célébrité avec La Négresse blonde, dont sont extraites nos fameuses Sardines à l’huile. Inspiré par Corneille, Racine et Hugo, qu’il parodie d’une manière assurément burlesque, il nous livre ici une interprétation aussi ludique que lubrique d’une boîte de sardines… à l’huile.


« Georges Fourest était un poète français à la verve parodique et irrévérencieuse, jouant avec truculence de mots rares ou cocasses, des dissonances de ton, de l’imprévu verbal et métrique, des effets burlesques », José Corti (Souvenirs désordonnés, 1983).

Sardines en poésie

Poète Georges FourestSardines à l’huile

Dans leur cercueil de fer-blanc
plein d’huile au puant relent
marinent décapités
ces petits corps argentés
pareils aux guillotinés
là-bas au champ des navets !
Elles ont vu les mers, les
côtes grises de Thulé,
sous les brumes argentées
la Mer du Nord enchantée…
Maintenant dans le fer-blanc
et l’huile au puant relent
de toxiques restaurants
les servent à leurs clients !
Mais loin derrière la nue
leur pauvre âmette ingénue
dit sa muette chanson
au Paradis-des-poissons,
une mer fraîche et lunaire
pâle comme un poitrinaire,
la Mer de Sérénité
aux longs reflets argentés
où durant l’éternité,
sans plus craindre jamais les
cormorans et les filets,
après leur mort nageront
tous les bons petits poissons !…

Sans voix, sans mains, sans genoux
sardines, priez pour nous !…

Georges Fourest (1864-1945)
Extrait de La Négresse blonde (1909)

© Miss & Mister Corail / DR

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