Quand le Carpathia arrive enfin sur le nouveau continent, le monde apprend la catastrophe et des enquêtes sont aussitôt entamées. Punition divine, fin d’une époque où l’homme croyait dominer la nature, le naufrage du Titanic alimente les rumeurs les plus folles. Mais en réalité, le géant des mers n’aurait-il pas été tout simplement victime d’un malheureux concours de circonstances…


Arthur RostronLe jour se lève sur l’Atlantique Nord. Le Titanic a disparu. Des centaines d’icebergs, dont certains mesurent plus de 100 mètres de haut, parsèment l’océan. Une fusée, puis deux, les rescapés se manifestent comme ils peuvent et bientôt le Carpathia arrive sur les lieux.
Les opérations de sauvetage commencent. Le capitaine Rostron, qui n’a pas hésité une seconde avant de se jeter au secours du Titanic, n’en revient pas. Alors qu’il croyait trouver un paquebot en difficulté, il ne ramasse que quelques canots à moitié vides et des radeaux ne flottant plus que par miracle avec des occupants vidés de toute énergie. « Où est le Titanic ? », demande-t-il aux premiers rescapés qui montent à bord. « Il a coulé. » Et comme s’il n’avait pas bien entendu la réponse, il redemande : « Le Titanic est au fond ? »
Plus de 700 survivants montent à bord du Carpathia et y reçoivent un accueil hors du commun. Le capitaine décide de prendre la direction de New York. Dans quatre jours, les rescapés seront sur la terre ferme.

Titanic sauvetage

Comprendre la catastrophe du Titanic

Bruce IsmayQuand le Carpathia arrive aux Etats-Unis, l’opinion mondiale est évidemment choquée et plusieurs enquêtes sont entamées. Première faiblesse du géant, les cloisons étanches ne dépassaient pas le pont E. Un cloisonnement vertical complet aurait permis de retarder l’échéance et ainsi de débarquer les passagers sains et saufs à bord du Carpathia. Un compartimentage latéral aurait sans doute sauvé le navire. Deuxième faiblesse, la lenteur de réaction de la barre, qui a largement contribué à la gravité de l’accident, empêchant le bateau d’éviter l’iceberg.
Principale erreur, la vitesse (contrairement à la légende, le Titanic ne tentait pas d’établir un record, la puissance de ses machines s’y opposant totalement) alors que plusieurs télégrammes avaient signalé la présence de glaces et que les conditions météorologiques ne permettaient pas d’en apprécier l’approche. De plus, les veilleurs n’avaient pas de jumelles.
Bruce Ismay tient lui aussi une lourde responsabilité dans la catastrophe. En sachant que le bateau était en rodage, il n’aurait jamais dû inciter le commandant à pousser les machines au maximum. Quant au capitaine, il ne prenait pas réellement au sérieux la présence d’icebergs sur l’itinéraire suivi, se fiant à sa propre expérience.

Titanic survivants

Du jamais vu, de mémoire de marin

Tout le drame du Titanic tient en réalité à un phénomène exceptionnel, que l’on n’avait jamais vu de mémoire de marin et que l’on ne reverra peut-être plus. Le paquebot a eu la malchance de se heurter à un accident, à une anomalie climatique, à une étonnante concentration d’icebergs accompagnée d’une véritable banquise, rarissime à cette latitude. L’accident semblait inévitable, car si le Titanic avait réussi à éviter cet immense bloc de glace, il en aurait probablement percuté un autre. On peut toutefois envisager que si le bateau avait heurté l’iceberg de face, il aurait certainement survécu.
Mais il ne s’agit-là que de suppositions, car le drame est bel et bien arrivé et il serait plus avisé de mettre en cause les nombreuses négligences qui ont transformé cet accident en catastrophe.

Carpathia New York

Des négligences en cascade

Négligence tout d’abord du radio, qui omet de transmettre à la passerelle deux messages d’une importance capitale sur la signalisation d’icebergs. Négligence des officiers qui refusent de donner des jumelles aux veilleurs. Négligence du capitaine, qui n’a pas réuni en fin de journée les officiers destinés à assurer le quart pendant la nuit pour étudier avec eux la situation générale.
Il est également sidérant de constater que le Titanic ne comptait pas assez de canots de sauvetage, dont la capacité ne dépassait pas 1 178 personnes alors qu’ils étaient 3 547 passagers et hommes d’équipage sur le bateau. Il ne s’agissait d’ailleurs pas d’une exception à cette époque. Il aura fallu ce drame pour que tous les navires soient depuis équipés convenablement en canots de sauvetage.
Et comme pour en rajouter à l’atrocité de l’événement, le nombre de passagers recueillis sur les canots du Titanic dépassait à peine les 700. Quelque 500 personnes supplémentaires auraient dû en principe être sauvées, si seulement les marins avaient reçu au préalable un moindre entraînement.

Titanic canots

Un étrange bateau aperçu à bâbord du Titanic

Le bilan est lourd : 711 rescapés seulement dont 394 femmes et enfants, 129 hommes et 189 membres masculins d’équipage. Quelque 32,30% de survivants sur une moyenne générale : 62,46% de première classe, 41,40% de deuxième et seulement 25,21% de troisième. Des chiffres qui se passent allègrement de commentaires.
Des questions reviennent sans cesse. Pourquoi, une fois au large, les canots ne sont-ils pas revenus à la recherche des survivants alors qu’ils en avaient la capacité ? Pourquoi, de tous les bateaux avoisinant le lieu du naufrage, seul le Carpathia a-t-il réagi alors qu’il était lui-même prisonnier des glaces ? Inconscience ou scepticisme général, personne ne croyait en réalité au naufrage du Titanic.
Plus inquiétant encore, les officiers ont aperçu du Titanic un autre bateau à seulement 3 ou 4 milles, immobile, sur l’avant à bâbord. Ce même bâtiment clairement vu par les rescapés des canots, qui ont essayé de le rejoindre mais qui a fini par disparaître dans la nuit.

Titanic procès

Tous les passagers du Titanic auraient certainement pu être sauvés

Les soupçons se sont tout d’abord portés sur le Californian, dont le comportement cette nuit-là est pour le moins troublant. Le capitaine du navire suspect affirme n’avoir pas pris conscience de la situation dans laquelle se trouvait le Titanic et a souligné qu’il est d’usage pour les paquebots de se saluer en lançant des fusées de détresse.
D’autres navires se seraient également trouvés dans les parages, mais sans autorisation, et ne se seraient donc pas « mouillés » à rejoindre le paquebot en difficulté. Au bout du compte, tous les passagers du Titanic auraient pu être sauvés si chacun avait pris ses responsabilités.
Depuis sa disparition, le Titanic ne cesse d’alimenter les plus folles rumeurs. On a entendu dire, par exemple, que son naufrage marquait la fin d’une époque, celle de la domination absolue de l’homme sur la nature… Ou encore que Dieu avait puni l’humain en personne pour son insolente assurance.

Titanic presse

Vers une nouvelle réglementation internationale

Plus raisonnablement, on peut dire que le drame du 15 avril 1912 a surtout constitué le point de départ d’une réglementation internationale, une convention qui a pour but d’empêcher les commandants ou armateurs de surcharger à l’excès leurs navires. La sécurité du transport maritime de passagers s’est ainsi vue confortablement renforcée.
Le naufrage du Titanic marque bien de la fin d’une ère, celle du règne des grands paquebots. Leur déclin a également été conforté par deux guerres mondiales, l’évolution de la conception des voyages et des passagers eux-mêmes. C’est également la fin d’une autre race, celle des marins audacieux et téméraires qui, à cette époque, agitaient les eaux de l’Atlantique Nord de leurs prouesses et de leurs excentricités.

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© Miss & Mister Corail / DR

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