On ne se souvient guère plus aujourd’hui que du célèbre tableau réalisé par le peintre français Théodore Géricault, que l’on peut admirer au Musée du Louvre à Paris. Pourtant, le Radeau de La Méduse a bel et bien existé. C’est même l’un des naufrages les plus tragiques de l’histoire maritime française qui, au début du XIXe siècle, a suscité une indignation internationale. Voici son histoire.

Frégate Naufrage

La Méduse, portrait d’une frégate

La Méduse est une frégate construite au tout début du XIXe siècle et qui effectue son voyage inaugural en 1810 dans l’estuaire de la Loire-Atlantique. Long de 47 mètres et pouvant déplacer plus de 1 000 tonnes, le bateau emmène avec lui 356 hommes armés d’une quarantaine de canons. Aux côtés de la frégate La Nymphe, La Méduse va effectuer diverses missions des Antilles aux Indes orientales pour l’armée française.

Sur la route du naufrage

En 1816, la France récupère ses comptoirs au Sénégal et décide d’y envoyer fonctionnaires, militaires, scientifiques et colons. La Méduse fait partie du voyage aux côtés de trois autres navires, l’Echo, la Loire et l’Argus. Commandée par Hugues Duroy de Chaumareys, un officier royaliste peu expérimenté en matière de navigation, La Méduse va prendre de la distance avec les autres bateaux. Isolé au large des côtes de la Mauritanie, le commandant va commettre l’erreur d’ignorer les conseils de ses officiers pour faire confiance à un passager qui prétend avoir déjà navigué dans cette zone. Le 2 juillet, au lieu de contourner le banc d’Arguin, obstacle pourtant connu des navigateurs, le bateau touche le fond et s’échoue avec à son bord quelque 400 passagers.

Histoire radeau méduse

Une violente tempête s’abat sur le navire échoué

Alors qu’une pagaille sans nom règne à bord du bateau, les officiers tentent de garder le contrôle et décident de construire un radeau de vingt mètres sur sept avec des pièces de bois provenant des mâts pour y stocker du matériel en vue d’alléger et renflouer le navire. Mais les éléments vont en décider autrement. Une violente tempête s’abat sur la frégate échouée, brisant la quille et provoquant de nombreuses voies d’eau dans la carène. Désormais, La Méduse peut sombrer à tout moment. Le navire doit être abandonné.

150 personnes s’entassent à bord du radeau

Le 4 juillet, le désordre a laissé place à la panique. Six canots sont mis à l’eau mais ne peuvent embarquer tous les passagers. C’est ainsi qu’environ 150 personnes, parmi lesquelles une femme, vont s’entasser sur le radeau. Seuls 17 hommes refusent de monter sur ce bateau de fortune et restent à bord de La Méduse. L’objectif, pour les officiers, est d’amarrer le radeau aux chaloupes et de le remorquer vers le Sénégal en longeant le littoral saharien. Mais là encore, rien ne va se passer comme prévu.

Les survivants du Radeau de La Méduse

Le radeau abandonné à son triste sort

A bord des canots, des officiers et des personnalités triées sur le volet. Alors, quand le radeau en surcharge commence à faire dériver dangereusement les chaloupes, le choix est vite fait : les amarres sont larguées ! Les frêles embarcations prennent des directions différentes. Certains canots gagnent la côte mais arrivent aux portes du désert. Après plusieurs jours d’errance, tous les hommes ne seront pas récupérés vivants. Les autres chaloupes, notamment celle du commandant Chaumareys, restent en mer et réussissent à rejoindre les autres bateaux du groupe de départ. Ce sont eux qui s’en sortiront le mieux, car sur le radeau abandonné à la dérive, les rescapés s’apprêtent à vivre l’enfer.

Treize jours en enfer

Sur le radeau, les quelques marins expérimentés entreprennent de gagner eux aussi la côte. Mais l’embarcation surchargée dérive tandis qu’un climat hostile s’installe à bord. Sans eau potable ni nourriture, les passagers n’ont que des barriques de vin pour survivre et vont commencer à s’entretuer. Durant treize jours, le radeau va être le théâtre de bagarres, suicides, noyades et autres tentatives de sabordage. Pire, certains hommes vont se livrer à des actes de cannibalisme.
Il faut attendre le 17 juillet pour que le capitaine Chaumareys daigne envoyer l’Argus sur zone, non pas pour venir en aide aux naufragés, mais pour récupérer des barils de pièces d’or et d’argent. Sur les 150 personnes embarquées sur le radeau, seules 15 sont récupérées vivantes. Cinq d’entre eux mourront avant d’avoir pu atteindre la terre ferme.

La Méduse : le scandale et le procès

Les hommes restés à bord de La Méduse attendront quant à eux jusqu’au 4 septembre, soit deux mois après le naufrage, pour être secourus. Seuls trois d’entre eux sont miraculeusement en vie.
Une fois débarqués, les survivants vont bien sûr raconter leur tragique épopée, un récit qui provoque un véritable tollé dans l’opinion publique. Rapidement, l’incompétence du capitaine, soupçonné d’avoir été favorisé par les royalistes, est montrée du doigt. Le 3 mars 1817, Chaumareys est rayé de la liste des officiers de marine et condamné à ne plus servir. Le capitaine, qui est responsable de la mort de plus de 150 personnes, n’écopera que de trois ans de prison.

© Miss & Mister Corail / Théodore Géricault / DR

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