Inconnu de son vivant, Tristan Corbière publie son unique œuvre Les Amours jaunes en 1873, un recueil qui passe alors complètement inaperçu. C’est Paul Verlaine qui, dix ans plus tard, le révèle au grand public dans son essai Les Poètes maudits. Un rôle qui convient parfaitement à Corbière, qui meurt à 29 ans, retranché dans son manoir breton, célibataire, sans enfant et incompris de ses contemporains.


Depuis, le poète maudit aux vers teintés de symbolisme a été publié dans de nombreuses anthologies. Le Mousse en est extrait. Un poème cynique, incisif, heurté et abondamment ponctué, qui nous invite à (re)découvrir un poète passionné par la mer, qui rêvait de devenir marin.

Le MousseLe Mousse

Mousse : il est donc marin, ton père ?…
– Pêcheur. Perdu depuis longtemps.
En découchant d’avec ma mère,
Il a couché dans les brisants …

Maman lui garde au cimetière
Une tombe – et rien dedans –
C’est moi son mari sur la terre,
Pour gagner du pain aux enfants.

Deux petits. – Alors, sur la plage,
Rien n’est revenu du naufrage ? …
– Son garde-pipe et son sabot …

La mère pleure, le dimanche,
Pour repos… Moi : j’ai ma revanche
Quand je serai grand – matelot ! –

Tristan Corbière
Les Amours jaunes (1873)

© Miss & Mister Corail / Portrait de Jean Vacher (1950)

 

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