Au bord de la mer est un poème de Guy de Maupassant (1850-1893) extrait d’Etretat. L’écrivain y a passé une partie de son enfance. La maison familiale, qui s’appelle « Les Verguies », a été acquise par sa mère Laure Le Poittevin, auquel l’écrivain est très attaché. Entre mer et campagne, le jeune homme apprend la vie au contact de la nature et du sport. L’œuvre de Maupassant est marquée par un réalisme empreint de fantastique et de pessimisme. On lui doit des romans cultes qui sont aujourd’hui toujours d’actualité, comme Bel-Ami, Boule de suif ou Le Horla.

Au bord de la mer

Près de la mer, sur un de ces rivages
Où chaque année, avec les doux zéphyrs,
On voit passer les abeilles volages
Qui, bien souvent, n’apportent que soupirs,
Nul ne pouvait résister à leurs charmes,
Nul ne pouvait braver ces yeux vainqueurs
Qui font couler partout beaucoup de larmes
Et qui partout prennent beaucoup de coeurs.
Quelqu’un pourtant se riait de leurs chaînes,
Son seul amour, c’était la liberté,
Il méprisait l’Amour et la Beauté.
Tantôt, debout sur un roc solitaire,
Il se penchait sur les flots écumeux
Et sa pensée, abandonnant la terre
Semblait percer les mystères des cieux.
Tantôt, courant sur l’arène marine,
Il poursuivait les grands oiseaux de mer,
Imaginant sentir dans sa poitrine
La Liberté pénétrer avec l’air.
Et puis le soir, au moment où la lune
Traînait sur l’eau l’ombre des grands rochers,
Il voyait à travers la nuit brune
Deux yeux amis sur sa face attachés.
Quand il passait près des salles de danse,
Qu’il entendait l’orchestre résonner,
Et, sous les pieds qui frappaient en cadence
Quand il sentait la terre frissonner
Il se disait: Que le monde est frivole!
Qu’avez-vous fait de votre liberté!
Ce n’est pour vous qu’une vaine parole,
Hommes sans coeur, vous êtes sans fierté!
Pourtant un jour, il y porta ses pas
Ce qu’il y vit, je ne le saurais dire
Mais sur les monts il ne retourna pas.

Guy de Maupassant

© Miss & Mister Corail / DR

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