Extrait de ses Tableaux de la nature, La Mer est un poème de François-René de Chateaubriand. Né en 1768 à Saint-Malo, l’écrivain entretient très tôt un rapport privilégié avec l’océan, qu’il admire en solitaire lorsqu’il se sent délaissé par ses parents. Toute l’œuvre de Chateaubriand est influencée par la mer, la colère du ciel et les horizons perdus. A sa mort en 1848, le poète est ainsi inhumé à sa demande sur un rocher du Grand Bé de Saint-Malo, sur lequel on peut lire : « Un grand écrivain français a voulu reposer ici pour n’entendre que la mer et le vent. Passant, respecte sa dernière volonté. »

La Mer

Des vastes mers tableau philosophique,
Tu plais au cœur de chagrins agité :
Quand de ton sein par les vents tourmenté,
Quand des écueils et des grèves antiques
Sortent des bruits, des voix mélancoliques,
L’âme attendrie en ses rêves se perd,
Et, s’égarant de penser en penser,
Comme les flots de murmure en murmure,
Elle se mêle à toute la nature :
Avec les vents, dans le fond des déserts,
Elle gémit le long des bois sauvages,
Sur l’Océan vole avec les orages,
Gronde en la foudre, et tonne dans les mers.

Mais quand le jour sur les vagues tremblantes
S’en va mourir ; quand, souriant encor,
Le vieux soleil glace de pourpre et d’or
Le vert changeant des mers étincelantes,
Dans des lointains fuyants et veloutés,
En enfonçant ma pensée et ma vue,
J’aime à créer des mondes enchantés
Baignés des eaux d’une mer inconnue.
L’ardent désir, des obstacles vainqueur,
Trouve, embellit des rives bocagères,
Des lieux de paix, des îles de bonheur,
Où, transporté par les douces chimères,
Je m’abandonne aux songes de mon cœur.

François-René de Chateaubriand

© Miss & Mister Corail / DR

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