« Plusieurs éléments personnels m’ont fait prendre conscience de l’intérêt d’une lutte pour nos droits. J’ai participé à ma propre formation politique en retournant à la fac de droit puis de sociologie, lu tous les livres qui traitent du sujet. J’ai ainsi éclairci mes idées sur mes pratiques et construit une théorie et un discours en fonction de cet apprentissage. Est ensuite venu le temps de la visibilité médiatique et de la mise en application de tout ce que j’avais appris. »

Une conscience politique

« J’ai tout d’abord parlé en mon nom dans les médias, sans vouloir être représentative de ma communauté. Ce sont les médias qui ont, les premiers, mis en avant mon image et mon discours. Avant moi, peu ou pas de personnes prostituées apparaissaient médiatiquement avec un tel discours politique. Généralement, télé et presse écrite préféraient se servir de témoignages victimisant ces personnes pour montrer un visage pathétique de la prostitution (…) Après cette première étape individualiste, je suis allée à la rencontre des personnes prostituées partout en France et beaucoup d’entre elles se sont reconnues dans ma parole et se sentaient fières que ce soit moi qui intervienne à la télévision. Les médias m’ont donc proclamée porte-parole, mais j’étais portée par une majorité des personnes prostituées, françaises et étrangères (…) Notre manque de conscience politique et notre impossibilité à constituer un groupe fort n’avaient jamais permis de faire émerger une parole unique et commune. »
Ainsi, l’auteur signe J’ai des choses à vous dire, paru chez Robert Laffont, un ouvrage clair qui relate un combat qui est loin d’être gagné d’avance mais qui présente pour une fois le sujet dans toute son humanité, loin des clichés et des images floues qui s’étalent habituellement sur le petit écran et où chacun peut se rincer l’œil en toute gratuité. Mais comment se faire la porte-parole d’un monde de la nuit qui ne veut pas forcément en sortir ? Un courage qui peut s’apparenter a de la folie quand la prostitution est encore un tabou aux yeux d’une grande partie de la population et qu’il va falloir parler à visage découvert au risque de choquer ses parents, ses amis…

« Trop seule à prendre autant de risques »

« Le plus difficile a été de gérer les jalousies provoquées par ma médiatisation. Les plus violentes réactions sont venues de mes plus proches collègues, celles qui travaillent dans la même ville que moi, des conflits d’intérêt liés à ma défense des femmes étrangères qui était plutôt mal vue. Mais à force d’explications, la raison l’a emporté, même si certaines restent ancrées sur leurs positions et tiennent un discours raciste, bassement commercial. »
« Dans mon entourage, cela a été beaucoup plus facile. Des explications ont évidemment été nécessaires. Aujourd’hui, c’est mon engagement et mes prises de position radicale qui font peur à ma famille et à mes amis. Ils pensent que je me mets en danger pour une cause perdue et que je suis trop seule à prendre autant de risques. »