En s’attaquant au problème de la prostitution, Nicolas Sarkozy a fait sortir les principaux intéressés de l’ombre. Manifestations, meetings, émissions télévisées, les prostituées ont décidé de ne pas se laisser traiter comme des parias. Pour cela, il leur fallait une porte-parole, une voix pour rassembler une communauté vulnérable car dispersée, un visage pour présenter la prostitution dans sa réalité. Un combat difficile dans lequel s’est engagée Claire Carthonnet, qui signe J’ai des choses à vous dire chez Robert Laffont.

Au lendemain de l’élection présidentielle, en mai 2002, le ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy se déplace sur les boulevards des Maréchaux à Paris, hauts lieux de la prostitution, « une action symbolique mais qui donne la couleur et le ton du programme à venir ».
Depuis cette journée du mois d’avril où l’extrême droite éclot au grand jour, les politiques n’ont plus qu’un mot à la bouche : la sécurité. Si l’on peut se demander en quoi les personnes qui se prostituent constituent une menace pour la sécurité intérieure du pays, dès juillet un projet de loi est ébauché : « Interdiction aux prostituées d’exercer leur métier dans la rue ».
Message reçu. Les prostituées sont chassées des centres villes et retranchées dans les banlieues insalubres et dangereuses, les clients eux-mêmes se voient traqués par une certaine population pleine de bonnes intentions… un lynchage qui n’est pas sans rappeler quelques pratiques moyenâgeuses. Comme à l’accoutumée, les principaux intéressés ne sont nullement concertés. Une proie facile en réalité. En ordre dispersé, les travailleurs du sexe sont aussi ceux de l’ombre.
« Les réactions étaient partagées entre celles qui ont compris tout de suite les dangers d’une telle loi (elles étaient nombreuses), celles qui pensaient que du fait qu’elles étaient françaises elles n’étaient aucunement concernées par ce texte (et étaient heureuses que Sarkozy les débarrasse de la concurrence étrangère) et ces femmes étrangères qui ne se sont pas rendu compte, par manque d’information, de ce que cette loi signifiait », déclare Claire Carthonnet, qui a été épaulée dans sa démarche par l’association Cabiria pour pallier justement cette méconnaissance des lois.

Femmes en danger

« Ces femmes étrangères ont très rapidement été terrifiées et ont tenté de mettre en place des stratégies pour rester en France (mariage, enfants, travail sur internet, plus de mobilité sur les lieux de prostitution). Pour beaucoup, cette loi qui devait les renvoyer dans leurs pays d’origine était une mise en danger, voire une mise à mort pour certaines femmes provenant des pays de l’Est. Car dans certains de ces pays, la loi du kanoum, équivalent de la charia, est en application. Ce retour au pays forcé les remettrait donc inévitablement entre les mains des proxénètes auxquels, avec le temps, elles réussissaient à échapper ici. »
Face à ce désordre qui montre avant tout que la prostitution est un sujet bien plus complexe que les politiques semblent vouloir le dire et qu’un amalgame flagrant est fait entre ceux qui ont choisi de vendre leurs corps et ceux qui subissent les remontrances des proxénètes, Claire Carthonnet, prostituée de « profession », a décidé de se battre, un combat risqué mais courageux qui, pour la première fois, donne une voix et un visage au domaine de la prostitution.